Les thermes

Fondation de la station par le Dr Paul Vidart (1846-1850)
En 1846, un jeune médecin originaire de Nancy, le docteur Paul Vidart, acquit une maison de santé à Divonne. Il y reçut, selon ses dires, « non seulement les malades et les convalescents, mais encore les personnes qui par délassement, désiraient passer quelques mois à la campagne ». D’après le journaliste Alfred Françon, rédacteur de l’Echo de Divonne de 1905 à 1939, cette maison de santé était située dans la villa Beaujeu, rue d’Arbère. (Notons que la villa Beaujeu, construite en 1830 au milieu d’un grand parc, au pied du Mont Mussy abrita le premier casino de Divonne de 1912 à 1934.) Dans le dénombrement de la population divonnaise en 1846, le docteur Paul Vidart est cité comme « médecin, chef de ménage ». A la ligne suivante est citée Binet Emma, sa femme.
En s’installant à Divonne, le jeune médecin avait une idée en tête. Il avait repéré la qualité des sources divonnaises et leur abondance. Il avait remarqué qu’été comme hiver, elles sortent de terre toujours très fraîches. Il voulait profiter de cette opportunité pour ouvrir un institut hydrothérapique qui soignerait les malades à l’eau froide, comme le fameux établissement de Vincent Priessnitz à Gräfenberg en Silésie, établissement qui connaissait un succès sensationnel : on y accourait de toute l’Europe! Le docteur Paul Vidart était un fervent admirateur de Vincent Priessnitz. Il était persuadé de l’efficacité de sa méthode de soins à l’eau froide, par enveloppement dans un drap mouillé, immersion ou ablution. Il ne craignait pas de prendre haut et fort sa défense contre ses détracteurs dans des publications engagées.
Voir notre article Le docteur Vidart fonde la station.
Dr Vidart à la chibouque (1866)                                          Le docteur Paul Vidart fumant la chibouque

Le premier institut hydrothérapique (1850-1885)
Il fallut peu de temps au jeune docteur Vidart pour mener à bien son projet de soigner les malades à l’eau froide à Divonne. Il s’associa avec la propriétaire d’une papeterie désaffectée, idéalement située le long de la Divonne. Il acheta le bâtiment avec le terrain alentour et ses quatre sources d’eau pure. Il le transforma en y installant des douches, des piscines, des chambres et un restaurant. En octobre 1849, il fonda la Société Paul Vidart.
On lit dans le Dénombrement de la population de 1851 : Vidart Paul, docteur médecin, propriétaire imposé, 34 ans – Binet Emma, sa femme, propriétaire, 26 ans – Vidart Alfred, leur fils, 4 ans, Vidart Edouard, leur fils, 2 ans – Vidart Alphonse, docteur médecin imposé, 32 ans. Tous les 5 sont notés de nationalité française et dans la rubrique « Cultes », ils sont inscrits dans la colonne « Eglises réformées de France ou calvinistes ». En 1851, Divonne comptait 1523 habitants (1441 Catholiques romains, 82 Calvinistes, aucun Luthérien).
Le docteur Paul Vidart sut immédiatement attirer la clientèle genevoise, organisa les transports collectifs depuis Genève, et s’avéra un talentueux publicitaire, doué pour la communication. Dès 1852, il publiait « De la cure d’eau froide, compte-rendu des travaux accomplis pendant l’année 1851 à l’Institut hydrothérapique de Divonne (Ain) par le Dr Paul Vidart » – Editeur J. Cherbuliez, Paris. Il notait avec précision les effets des soins (douches froides, tièdes, écossaises, étuves sèche et humide, compresses excitantes, frictions, douche à colonne, douche en poussière, sudation, emmaillotement, etc.) ainsi que la durée du traitement (2 mois, 4 mois, six semaines…). Puis il publia « Etudes pratiques sur l’hydrothérapie ou traitement des maladies par l’eau froide » chez le même éditeur.
Gravure - Les bains de DivonneVoir notre article Prendre les eaux à Divonne au temps des crinolines.
On considère le docteur Paul Vidart comme l’un des pionniers du thermalisme moderne français. Sans doute parce qu’il fut l’un des premiers à ouvrir en France un Institut Hydrothérapique et parce que ses travaux scientifiques firent autorité. Mais aussi parce que sa démarche de thérapeute était novatrice. Il incitait ses patients à se distraire (excursions, promenades à pied, concerts, jeux de société, bals…) et à cultiver les arts, en particulier le théâtre (il avait créé pour les baigneurs un théâtre de société). Il considérait en effet que la gaieté favorise la guérison et qu’un esprit en éveil aide le traitement à opérer. Les affections nerveuses devinrent l’indication principale de Divonne.
Le docteur Paul Vidart mourut en 1873, à l’âge de 56 ans. Son fils Edouard, médecin également, prit sa suite à la tête de l’établissement hydrothérapique.

Le deuxième établissement de bains (1885-1962)
Les héritiers du docteur Paul Vidart (son épouse, ses fils Edouard le médecin et Alfred qui était alors maire de Divonne) créèrent une Société Anonyme avec plusieurs associés. La Société Anonyme des Bains de Divonne vit le jour le 5 octobre 1884. Elle avait pour objet « l’exploitation des sources et de l’établissement hydrothérapique, la vente des eaux ainsi que la gestion de tous les hôtels, restaurants, cafés, existants ou à créer… » Un nouvel établissement fut construit en 1885, dans le style mauresque inspiré des colonies qu’on utilisait alors fréquemment dans les stations thermales. Le premier établissement de bains servit dès lors d’hôtel et restaurant.
Le nouvel établissement était doté de tout le confort moderne. Il fut éclairé à l’électricité dès 1887, et doté du téléphone depuis Nyon, avant même qu’un téléphone ne fut utilisé dans le département de l’Ain! A la pointe du progrès, Divonne accueillit les sports et les loisirs à la mode, comme le tennis et le billard. C’était « chic » de prendre les eaux à Divonne.

Grand Institut HydrothérapiqueA partir de 1899, une gare de chemin de fer permit aux baigneurs de venir en train direct de Paris, en wagon spécial. En 1905, une ligne de chemin de fer Divonne-Nyon fut ouverte. Divonne était bien desservie. En 1892, Divonne obtint la dénomination « Divonne-les-Bains ». Il fallut agrandir l’établissement thermal, et développer l’hôtellerie.
Voir notre article Le deuxième établissement de bains.
Années 50Mais la Seconde Guerre Mondiale stoppa ce bel élan. L’activité thermale et touristique fut interrompue pendant 5 ans. Quand il fallut la redémarrer, la Société des Bains était exsangue, au bord de la liquidation.

Le troisième établissement thermal (1963-1990)
Marcel Anthonioz sauva le thermalisme en… créant un établissement de jeux! En 1952, il obtint l’autorisation du ministre de l’Intérieur d’ouvrir un casino. Une société se créa qui regroupa le casino, les thermes, le golf et les hôtels de la Société des Bains. Ce fut la Société d’Exploitation du Casino. Le casino ouvrit le 1er juillet 1954. Succès immédiat! Dès les années suivantes, il se signala comme le premier casino de France pour son chiffre d’affaire. Cette réussite permit de financer la construction d’un nouvel établissement thermal!
3ème établissement thermalCe troisième établissement thermal, construit en 1962, a été exploité par la Ville de Divonne en régie municipale à partir du 1er avril 1963 jusqu’à l’ouverture du quatrième établissement thermal. Il abrite actuellement l’hôtel de ville.

Le quatrième établissement thermal
Le Centre Paul Vidart a ouvert en 1990. Il comprend à la fois des thermes, ouverts de fin mars à la mi-novembre, et un établissement de remise en forme ouvert toute l’année.
L’eau thermale est amenée par canalisation depuis la source Paul Morel. Cette source, découverte en 1948 par l’ingénieur Paul Morel (1904-1989) est puisée à 124 mètres de profondeur. Elle filtre pendant plusieurs années dans la roche, probablement pendant environ 10 ans. Elle a deux griffons, Harmonie et Mélodie. Autrefois appelée source d’Arbère, elle a été appelée source Paul Morel en 1989, à la demande de Raymond Grosgurin, historien de Divonne et ami de Paul Morel. La source Paul Morel a obtenu du Ministère de la Santé en 1994 l’agrément lui conférant le label « eau minérale et thermale ».
Citons le docteur James Constant, psychiatre et médecin thermal qui a conduit les démarches pour l’agrément « eau minérale et thermale » : « Cette eau fait partie du groupe des eaux oligo-métalliques froides, bicarbonatées, calciques et magnésiennes. Sa minéralisation est harmonieuse et sans excès, ce qui confère un goût agréable et la possibilité d’en boire quotidiennement. Sa teneur en calcium et magnésium est plus remarquable par la juste balance de ces deux éléments que par des concentrations élevées. Enfin, l’absence de sodium (c’est-à-dire de sel) lui confère des propriétés diurétiques et une diffusion optimale dans tout l’organisme. »
ValVitalLe Centre Paul Vidart, 235 avenue des thermes à Divonne-les-Bains, est géré par le groupe ValVital, une chaîne de 10 établissements thermaux qui comprend Lons-le-Saulnier, Thonon-les-Bains et Aix-les-Bains. Voyez le site de ValVital Divonne-les-Bains.