Le globe terrestre du Téléthon 2000

A la mémoire d’Alain Girod, initiateur du globe et animateur de sa construction.

Globe terrestre en bois de chêne, place du globe, à Divonne-les-Bains.
Photo Dauphiné Libéré 2013

Le globe en bois que l’on voit place du Globe à Divonne, entre le casino et l’Office de Tourisme, a été construit par une équipe de bénévoles avec des Compagnons du Devoir et du Tour de France pour le Téléthon 2000, un Téléthon mémorable parce qu’il a marqué un pas de géant dans la lutte contre les myopathies, suite à la guérison par thérapie génique de bébés-bulles (bébés privés de défense immunitaire).

Cet immense pas en avant thérapeutique a entraîné en France les 8 et 9 décembre 2000, une méga fête de la solidarité. A Divonne, 600 bénévoles se sont mobilisés pour inciter les promesses de dons, avec pour fil conducteur de montrer l’identité internationale de Divonne à la France entière, via 30 heures d’émission transmises en direct sur France2, Divonne se relayant avec trois autres centres de promesses (Albi, Maubeuge et l’île de Ré).

Couverture du Divonne Infos de décembre 2000

Les Divonnais ont déployé des trésors de créativité en inventant de nombreux défis sous un grand chapiteau dressé sur le parking de la gare, et en plein air en ville.
Au centre-ville, trois fils rouges sollicitaient les promesses de dons :
– l’arbre de lumière, une tour éphémère de 10 mètres de haut s’enveloppait progressivement avec les drapeaux des pays du monde,
– les écritures du monde, des alphabets dessinés sur grands panneaux, sous forme de puzzles qu’il fallait reconstituer,
– et le globe terrestre, un tour de force technique, vendu pièce par pièce au profit du Téléthon tout en restant sur place. Il témoigne du joyeux vivre ensemble qui animait Divonne au tournant de l’an 2000.

Les 3 fils rouges montés en public : l’arbre de lumière, un des alphabets (le braille) et le globe en construction

Au coeur du projet : Alain Girod (1953-2024)

L’idée de faire construire par des bénévoles un globe géant représentant le monde, et d’en vendre au profit du Téléthon les 660 pièces de bois, cette idée folle a jailli du cerveau d’Alain Girod, inventeur d’animations, connu pour être un rassembleur d’énergies. Il était alors Directeur adjoint de l’Office de Tourisme. Il s’est investi corps et âme dans toutes les étapes du projet. Il a contacté le charpentier Marcel Lachelier avec lequel il est allé acheter le bois de chêne en Bourgogne. Il a suivi toute la réalisation, motivant les troupes et sachant où trouver de l’aide si besoin. Il a lui-même dessiné les continents sur le globe, si bien que l’explorateur Bertrand Piccard (le parrain du globe) a pu situer sur le globe le tour du monde qu’il avait parcouru en ballon libre en 1999.

Photo Christophe Durand

Conception et réalisation : Marcel Lachelier (1933-2014)

Alain savait que l’homme de la situation était le Divonnais Marcel Lachelier, Charpentier, Compagnon du Devoir et du Tour de France. Qui d’autre que lui pouvait sélectionner le bois et savoir où l’acheter? Qui d’autre pouvait dessiner une sphère et calculer les dimensions des pièces qu’il faudrait imbriquer ? Et savoir les découper, scier, raboter au millimètre près ? Qui d’autre pouvait diriger une équipe de bénévoles venus d’horizons différents ? Marcel Lachelier réunissait ces compétences.
Né à Petit Quevilly près de Rouen, il a commencé à travailler à 15 ans. Sa destinée a été tracée d’un coup, quand – il était tout jeune – un charpentier l’a orienté sur le Tour de France. Devenu Compagnon charpentier du Devoir et du Tour de France, après avoir travaillé à différents endroits, il s’est fixé à Divonne en 1960. Il a reçu le titre Un des Meilleurs Ouvriers de France (médaille d’argent) en 1972.

Marcel Lachelier devant le globe en avril 2001.

On voit sur sa veste son insigne de Compagnon du devoir : le compas croisé sur une équerre et une bisaigüe.
Sa silhouette était typique. Il tenait à porter le pantalon de velours noir des Compagnons du Devoir, avec le mètre dans la poche et les joints aux oreilles.

Marcel Lachelier avait 67 ans en 2000. Etant retraité, il a pu consacrer huit heures par jour pendant deux mois, à la construction du globe, bénévolement, pour concevoir le globe, scier les pièces et superviser la construction, la déconstruction et la reconstruction du globe.

Première étape : le montage

18 m3 de bois de chêne de Bourgogne de 1ère catégorie sont déposés à l’atelier de menuiserie mis gracieusement à disposition par la famille Salvi. Marcel connaissait bien l’atelier et les machines pour y avoir travaillé.

La menuiserie Salvi (1958-2012) à Arbère, hameau de Divonne
Photo Christophe Durand

Les calculs pour formater les pièces sont pointus. Il faut obtenir une sphère parfaitement ronde ! Marcel Lachelier commence par dessiner une épure sur le sol. Il pense à un globe de 5m de diamètre. Quand ensuite il veut diminuer les dimensions, les calculs s’avèrent particulièrement ardus. Il s’adresse à un technicien en bâtiment, un Divonnais de sa connaissance, Christophe Durand, infographiste qui vient de créer son entreprise, 3D-UD. Christophe Durand sauve la situation. Il dessine toutes les pièces en 3D.

Christophe Durand dessine en trois dimensions les pièces en bois, en métal et en béton.
Le globe apparait en 3D!

La découpe commence. Marcel Lachelier est secondé par les menuisiers Roger et Jean-Louis Salvi, Jean Chauvel, Michel Thiallier, épaulés par Alain Fuster et Simon Vuillet. « Le bois a été débité en plots de 26 types différents. Six angles de coupe délimitent les 660 facettes de 80 cm chacune en moyenne qui, une fois assemblées, constituent la sphère de 3,50 mètres de diamètre. » (Dauphiné Libéré).

On commence par le pôle sud :

Michel Thiallier et Jean Chauvel ont atteint le toit du monde!

Deuxième étape : le démontage

La construction aura pris deux mois. Six charpentiers, Compagnons du Devoir et du Tour de France viennent d’Annecy pendant une semaine, à la demande de Marcel Lachelier pour démonter le globe, pièce par pièce, en numérotant soigneusement chaque pièce (on appelle ça le calepinage) pour pouvoir remonter ensuite le globe en public, au centre ville, sous les caméras de France2.

Chaque pièce porte un numéro désignant son emplacement.
Bétonnage des quatre éléments du futur socle.

Au centre-ville, la place entre le casino et l’Office de Tourisme se prépare à recevoir le globe. L’entreprise AK-BAT de Christian Géry réalise le socle en béton.

Transport du globe au centre-ville

Gérard Vindret emporte le pôle sud à son atelier de construction métallique à Villard. Gérard Vindret s’occupe de toute la partie métallique.

Dernière étape :
Les Compagnons du Devoir remontent le globe.


Les Compagnons charpentiers venus d’Annecy remontent le globe au centre ville, place du Globe, en public, pendant les trente heures d’émission en direct du Téléthon les vendredi 8 et samedi 9 décembre. (France2 filme à tour de rôle Divonne et trois autres centres de promesses de dons).
NB : En 2000, on disait « Compagnons des Devoirs et du Tour de France ». Maintenant, on dit « Compagnons du Devoir et du Tour de France ».

Les compagnons du devoir remontent le globe pendant le Téléthon .

Il fait froid. Il pleut… Les spectateurs achètent les pièces du globe ou bien individuellement, ou bien (le plus souvent) par famille. L’acheteur peut faire graver son nom sur la pièce qu’il achète au profit du Téléthon, ou bien le graver lui-même. On comprend pourquoi les Divonnais sont si attachés à ce globe. Leur nom est inscrit DANS le globe! Une pièce a été fixée sur le socle de béton, à titre de souvenir. Elle est toujours visible, au pied du globe.

Alain Girod en rouge
Maëva et Youri ont inscrit leur nom sur une pièce.
Marcel Lachelier interviewé par une journaliste de France2
sous une pluie battante…

Le globe terrestre est constitué de 660 pièces de bois de chêne de Bourgogne. 624 pièces ont été vendues au profit du Téléthon et signées par l’acheteur, puis posées en direct par les Compagnons du Devoir. Poids : 7 tonnes. Diamètre : 3,50 mètres. Echelle 1/4.000.000e. Chaque pièce couvre deux fuseaux horaires et est montée en quinconce comme un mur de briques. Orientation au nord 23°27.
Le globe est fixé sur un socle en béton fabriqué par l’entreprise Géry. Il est incliné, comme notre planète. Il peut tourner, pourvu que l’on mette son moteur en marche.

Le moteur

Louis Rosset de Thoiry a réalisé les parties moteur et entraînement qui sont visibles à l’extérieur.

Photo ci-dessous : On voit le moteur qui fait tourner le galet. On applique le galet contre la base (contre l’Antarctique!) pour faire tourner le globe.

Le moteur. La flèche indique le galet.
Roland Bigard a effectué les calculs de force.

Le parrainage de Bertrand Piccard

Bertrand Piccard est l’initiateur de Solar Impulse, le premier avion capable de faire le tour du monde sans carburant. En l’an 2000, on parlait beaucoup de son tour du monde en ballon (Breitling Orbiter 3) qu’il avait réussi en mars 1999, avec un coéquipier. Ils avaient parcouru le tour de la planète uniquement en se laissant pousser par les courants aériens. C’est le plus long vol en temps et en durée, sans ravitaillement, de toute l’histoire de l’aviation.
Le samedi 8 décembre 2000, devant le globe, Bertrand Piccard était en admiration devant le travail des Compagnons charpentiers. Il a raconté son tour du monde sur Breitling Orbiter 3. C’était passionnant. Il a dédicacé le globe avec cette phrase : « Bon vent à tous ceux qui en ont besoin! »

Bertrand Piccard dédicace le globe.
La plaque est toujours là, mais la dédicace est effacée.

Il faut encore dessiner les continents

Alain Girod a lui même dessiné et peint les continents sur le globe, avec l’aide de l’infographiste Christophe Durand qui a décomposé les continents et les îles sur les fuseaux horaires.

Insertion des continents dans les fuseaux horaires. Travail de Christophe Durand.

Le drapeau du monde, oeuvre d’une jeune australienne

Les organisateurs du Téléthon avaient lancé un concours sur internet à l’automne 2000 : il fallait dessiner le drapeau du monde. C’était l’un des défis du Téléthon. La lauréate fut la jeune australienne Madeleine Pryce. Elle est venue à Divonne présenter son oeuvre!

Madeleine Pryce, lauréate du concours
Dessiner le drapeau du monde
Inauguration officielle du globe du Téléthon 2000 en mars 2001.

Moi, globe terrestre divonnais, je demande à être reverni. Je me sens délaissé, oublié, incompris. Je suis triste. Je voudrais tourner à nouveau. Les passants ne savent pas quelle belle aventure fut ma naissance. J’ai beaucoup à dire, rien qu’en étant là, moi, globe, oeuvre collective, oeuvre caritative, conjugaison de savoirs-faire. Je signifie l’identité internationale de Divonne. Je voudrais inciter des jeunes à se lancer sur la voie des Compagnons du Devoir et du Tour de France.
S’il vous plait, prenez soin de mes continents, pour que les Divonnais originaires de pays lointains puissent montrer à leurs enfants le pays où ils sont nés.

Le globe en janvier 2025











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