La fabrique d’animaux en peluche (1924-1978)

FADAP chevalabasculeLes Divonnais se souviennent avec émotion des jouets fabriqués à la FADAP. Ils étaient fiers de les fabriquer. Et s’ils ne les fabriquaient pas, ils étaient fiers de les savoir vendus dans toute la France, dans les petites boutiques comme dans les grands magasins. La FADAP (Fabrique Artistique d’Animaux en Peluche) employait une centaine d’ouvriers et exportait à l’étranger. Ainsi, de gentils nounours étaient-ils les ambassadeurs de Divonne dont il portaient au loin la notoriété grâce à leur estampille « Made in Divonne France ». Aujourd’hui, les arctophiles (collectionneurs d’ours en peluche) s’arrachent les rescapés. Les ours de la FADAP valent plus de 1.000 euros sur ebay.
Voici quelques photos d’ours fabriqués à la FADAP. L’ourson avec le seau (1935) provient de l’article « Culture nounours » sur le site  Oursement vôtre. L’ours sur fond rouge est en vente sur ebay environ 1.500€! L’ours au ruban noir provient du blog passionarktophile.
Ours FADAP 1935   P1010514-2  Ours fadap de passionarktophile   ours FADAP


« Les peluches portent leur marque de fabrique sur l’oreille gauche : un bouton de métal comportant au dos la mention « Made in France Divonne ». Les ours FADAP se distinguent par un museau retroussé, un nez assez haut plat placé leur donnant l’air hautain. Les corps sont cylindriques, piriformes, les bras courts et les pattes épaisses. La fourrure est de soie artificielle ou de mohair, les yeux en verre ou en boutons de bottines, les coussinets sont en coton. Les branches du Y inversé de la bouche descendent en bas, conférant un air triste au nounours. Des modélistes réputés participèrent à la création des peluches. Autour de l’ours, animal fétiche de la firme, apparurent des personnages célébrés par le cinéma ou la télévision : Bambi, Donald, Pluto… Les gros animaux étaient dotés d’un système à bascule et de roulettes escamotables, spécialité de la fabrique. » (Divonne en détail – supplément de « Divonne-les-Bains entre Jura et Léman »).

Roger Tardy dans son livre « Le Pays de Gex, terre frontalière » raconte la création de la FADAP. Un industriel d’origine suisse, Monsieur Segard, qui fabriquait du velours dans le nord de la France, a installé en 1920 un atelier de confection de jouets dans la ferme du château de Crassy, afin d’utiliser ses restes de rouleaux de velours. L’atelier employait 8 à 10 personnes. En 1921, la zone franche fut supprimée (elle allait être renaître sous une forme différente en 1932). Cette suppression facilitait l’implantation d’industries en Pays de Gex. Monsieur Segard s’associa avec un négociant de jouets parisien, Emile Lang. Ils fondèrent la société anonyme des Etablissements Lang et installèrent une usine à Divonne même, rue de la Cité, exactement à côté de la gare de chemin de fer. La FADAP démarra en 1924. L’atelier de Crassy subsista jusqu’en 1935. Le siège social de la FADAP et le bureau des ventes étaient situés à Paris.

Une nouvelle entreprise était bienvenue à Divonne parce que les petites entreprises artisanales périclitaient. Les ateliers de lapidaire avaient fermé. La diamanterie coopérative de Plan était en faillite. La FADAP a apporté un regain de vitalité à l’économie divonnaise. La proximité de la gare a favorisé la réussite de l’entreprise. De l’usine au train de marchandises, il suffisait de transporter les cartons sur quelques dizaines de mètres. Pas d’intermédiaire. Le bureau de Contrôle des Zones pour accomplir les formalités de sortie de la zone franche se trouvait à l’intérieur de la gare. Un coup de tampon et adieu nounours! Le transport par train en vitesse lente était bon marché. La crise de 29 n’a pas enrayé l’essor de la FADAP. Pendant l’Occupation, les propriétaires étant israélites, l’entreprise fut mise sous séquestre, mais dès la fin de la guerre elle redémarra, emportée par le baby-boom (qui fut aussi un nounours-boom) et là, ce fut le grand succès!

fadap - Marcel AnthoniozOn voit ici à droite le député-maire Marcel Anthonioz visitant la FADAP.
Le personnel était essentiellement féminin. Les messieurs effectuaient le bourrage ; ils soudaient les armatures métalliques. Les dames cousaient les pièces, les assemblaient et brodaient les museaux. La FADAP affrétait un car de ramassage qui sillonnait chaque jour le Pays de Gex pour aller chercher et ramener les ouvriers. Un atelier fut créé à Thoiry pour éviter à une quinzaine d’employés de faire le trajet jusqu’à Divonne. La FADAP distribuait également du travail à domicile dans tout le pays de Gex. Elle apportait ainsi une source de revenu appréciable à de nombreuses femmes au foyer qui, sans voiture ni permis de conduire, n’auraient pas pu trouver d’emploi. Et l’on voyait dans de nombreuses salles à manger gessiennes, sur un dossier de chaises des bras de nounours, sur un autre dossier, des jambes de nounours, sur un autre des corps de nounours, tandis que madame cousait, penchée sur sa machine Singer qu’elle faisait démarrer à la pédale.

FADAP-expoAu départ les animaux étaient rembourrés avec de la paille de bois. Puis on utilisa de la fibre naturelle, le kapok, puis des découpes de mousse plastique, déchets de fabrication d’usines de Châlons-sur-Saône ou de Belgique. On faisait de la récup’ en somme! Petit à petit on apporta des innovations qui améliorèrent le rendement… On agrafe au lieu de coudre, on colle au lieu de piquer, on remplace les corps bourrés de paille par des carcasses en matière plastique moulées à Oyonnax, puis gainées de peluche… (Ces renseignements proviennent du livre de Roger Tardy).

L’entreprise est parvenue à surmonter son plus gros écueil : Comment payer le personnel toute l’année quand on vend 90% de la production pendant le seul mois de décembre? La gestion parisienne a réussi a dépasser le problème. Du personnel de renfort était appelé chaque année à l’approche de Noël.

Après avoir connu le succès et enchanté plusieurs générations, la FADAP affronta avec difficulté la concurrence. Elle avait vendu en Allemagne et en Grande-Bretagne ses brevets de fabrication. Elle avait donc engendré elle-même la concurrence qui allait la détruire… Son usine de Milan s’est mise à la copier. La FADAP perdait un à un ses marchés étrangers…

Et puis, en France, la mode changea. Petites voitures, poupées Barbie, Lego… accaparèrent l’attention des chers petits. Dans les années 70, les enfants s’intéressaient peu aux nounours ; les petits garçons ne voulaient pas ressembler à des filles (pff!) ; les mômes n’étaient pas encore accros à leur doudou ; ils n’auraient pas voulu « avoir l’air d’un bébé »…  Bref, dans les années 70, on bouda les jouets en peluche. La FADAP déposa son bilan en 1978. Le bâtiment subsista quelques temps, il accueillit même une « maison des jeunes » dans les années 80 puis il fut détruit. Aujourd’hui, l’emplacement est désert. La FADAP aura été la seule entreprise industrielle de Divonne. Quel beau souvenir!
FADAP chienLa FADAP vue du Mont Mussy

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