Bernard Bluet, comte de Permission, né à Arbère en 1566

La vie extravagante du comte de Permission, bouffon de Henri IV, racontée par lui-même et publiée avec une préface et des notes de Bertrand Guégan, a été rééditée en 2019 aux éditions Plein Chant, dans la collection Gens singuliers, illustrée de petites gravures sur bois, comme dans l’édition originale de 1924. Le prière d’insérer présente très bien le livre: http://www.pleinchant.fr/titres/Gensinguliers/permission.html


Deux recueils de Bernard Bluet sont en ligne sur gallica :
L’intitulation, qui commence par le 104ème livre, imprimé le 6 juin 1604.
Oeuvres de Bluet d’Arbères comte de Permission Tome premier


Le portrait de Bernard Bluet par Paul Détourné est surmonté d’un Christ en croix pour montrer l’importance que la religion a tenu dans sa vie, et d’une colombe du Saint-Esprit pour signifier que son inspiration lui venait de Dieu. Comment sans l’inspiration divine aurait-il pu publier 184 opuscules, lui qui n’a jamais appris à lire ni à écrire? Il dictait ses sentences, oraisons, visions, présages… à un secrétaire. Il a commencé de faire imprimer ses fascicules en 1600, lorsqu’il vivait à Paris dans la mouvance de la cour de Henri IV.

Le portrait présente en bas à gauche des brebis : berger fut son premier métier quand il était enfant. Et à droite des canons : monteur de l’artillerie pour le compte du duc de Savoie Charles Emmanuel fut le métier dans lequel il s’est illustré. Entre temps, il avait fait l’apprentissage du métier de charron à Rumilly.

Bernard Bluet, fils de paysans pauvres, a quitté Arbère très jeune. Il voulait échapper à la misère, à la sévérité de son père et à la rigueur du calvinisme. Il voulait vérifier par lui-même des religions pour lesquelles les gens se disputaient autour de lui, laquelle était la bonne : luthérienne, calviniste ou papiste?

On l’a dit fou parce que certains de ses faits et gestes nous semblent étranges et parce qu’il avait des « visions » qu’il assumait en les énonçant haut et fort.

Il faut imaginer la mentalité de l’époque : on croyait que les sorcières volaient dans le ciel à califourchon sur un balais ; on les soupçonnait d’infecter les sources et de lancer des sorts ; on se fiait aux prédictions des devins ; on paniquait à l’idée de rencontrer le diable en personne au coin de la rue.

Quand Bernard Bluet avait des pensées lubriques, il culpabilisait tellement qu’il se punissait en se roulant tout nu dans les orties. Folie! dit-on. Mais il y avait à son époque des défilés de pénitents qui déambulaient dans les rues en se flagellant. Le roi de France Henri III, lui-même, a fait partie d’une confrérie de pénitents.

Bernard Bluet adorait porter des vêtements de satin et de velours avec passements d’argent et d’or, il adorait les bijoux voyants, les panaches au chapeau. Folie! dit-on. Mais c’était la mode. Les seigneurs en ce temps-là rivalisaient d’élégance.

Bernard Bluet prédisait l’issue des batailles aux chefs de guerre. Qui est le plus fou, celui qui prédit l’avenir ou celui qui donne foi à des prédictions?

« Je n’ai fait aucune avarice, dit Bernard Bluet. Je n’ai point enterré l’argent en terre, ni caché en muraille. L’argent va, l’argent vient. Plus fou est celui qui amasse avec avarice et qui y met son coeur. »

Le jour de Pâques 1599, alors qu’il se trouvait en Piémont auprès de la cour ducale, au château de Mirefleur, Bernard Bluet a reçu un présage selon lequel un empereur lui tendait une pomme et lui disait « Regarde dedans! » Or, à l’intérieur de la pomme il était écrit « Comte de Permission ».

C’est ainsi que Bernard Bluet, « issu de pauvre maison et de pauvres gens de mépris » est devenu Comte de Permission. Il voulait dire de Promission, c’est-à-dire, dans le langage de l’époque, en Terre Promise.

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