L’aviateur René Vidart – « Une timidité ardente »

Portrait de René Vidart paru dans Le Matin le 5 janvier 1913

René Vidart en1912

« René Vidart : un joli tempérament, primesautier, alerte ; une énergie que ne dépare point une sensibilité pleine de grâce ; une timidité ardente, mal refoulée sous une feinte exubérance ; et brochant sur le tout, le charme irrésistible de la jeunesse ; tel est René Vidart, hier simple sportsman, aujourd’hui l’un de nos meilleurs hommes, voire gentilshommes de l’air.


« Il y a quatre ans (il en avait dix-huit), il s’engageait au 7° cuirassiers.

« A ma sortie du régiment, confesse-t-il, je cherchais un moyen de dépenser mon énergie. Je songeais d’abord à m’expatrier pour aller faire œuvre de colonisation à Mossamédès, dans le centre africain. Mais séduit par les exploits des hardis colonisateurs de l’air, j’ai pensé que c’était là ma véritable vocation.

« Son instinct ne l’avait pas trompé. Le 22 juin 1910, Vidart faisait ses débuts à Reims sur un monoplan Hanriot, et tôt après participait brillamment au meeting de Lille, de Lanarck (Ecosse) et de Liège. En octobre, il entrait comme pilote chez Deperdussin. Le 31 décembre, à Mourmelon, il s’adjugeait sur son nouvel appareil, le record de vitesse avec passager.

« En juin 1911, il se mettait en ligne pour la course Paris-Rome, et s’y classait quatrième. Il y goûta l’enthousiasme des foules, bruissant comme des essaims d’abeilles, et dont l’agglomération suffisait à jalonner la route. A Gênes, il eut la satisfaction de recevoir l’accolade du consul de France, nonobstant certaine mouvement de recul, dû à l’huile de ricin dont il était constellé comme des topazes liquides.

« Enhardi par le succès, Vidart s’engageait dans le Circuit Européen. Il s’adjugea la 3ème place du classement final et se classa premier de Paris à Liège et de Calais à Paris. La première de ces étapes fut singulièrement mouvementée. Pris dans une tornade, l’infortuné champion faisait des bons de cinquante mètres cramponné à sa cloche, aux prises avec les hargneuses difficultés des remous et d’une déplorable brioche avalée tout courant à Reims, et qui prise de vertige, éperdue d’altitude, se refusait invinciblement à descendre.

Vidart Petit Parisien juil. 1911« De tous les héros de l’air Vidart est celui qui s’entend le mieux à esquiver au débotté, la corvée des cartes postales à signer – hormis lorsque ce sont des pavés de bois.
« Un jour – c’était le 7 juillet 1911 – à l’issue d’une réception à l’Aéro-Club, il fut assailli par une dizaine de braves ouvriers municipaux qui ravalaient la rue François 1er et qui, faute de cartes postales, lui tendirent chacun un petit pavé à signer. Vidart s’exécuta de bonne grâce. Voilà des pavés que l’on peut relancer impunément dans un jardin de ses bonnes œuvres.

« Mes impressions ? nous écrit-il. J’étais tellement désireux de faire quelque chose de bien que je me trouvais immédiatement à l’aise dans mon appareil. Je n’ai jamais cessé, d’ailleurs, de sympathiser avec mes oiseaux artificiels et je les considère comme des amis qui me comprennent. L’impression qui m’a le plus frappé, c’est celle que j’éprouvais au lendemain de Paris-Rome et du Circuit Européen, quand je vins atterrir avec mon Deperdussin à Divonne, mon pays natal. Revoir d’en haut les endroits qui vous sont chers, puis sauter de son appareil au milieu de ses concitoyens enthousiasmés, ce sont là des minutes inoubliables dans l’existence. »

René Vidart - Circuit européenRené Vidart au milieu des Divonnais

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