Le deuxième établissement de bains

Le premier établissement de bains, fondé en 1849 par le docteur Paul Vidart a connu d’emblée le succès. En 1858, quand le chemin de fer arriva à Genève, les baigneurs purent accéder à Divonne plus facilement depuis Paris, en 15 heures seulement! Dès lors, la clientèles afflua. Il fallait s’agrandir.
En 1873, le  docteur Paul Vidart décéda subitement. Son fils, le docteur Louis-Edouard Vidart prit sa succession à la tête de l’établissement de bains. Il pensa probablement très vite à faire construire un nouvel établissement, plus spacieux, plus moderne. A cette époque-là, les établissement de bains accolés à leurs hôtels de luxe se développaient en France, comme le décrit très bien Maupassant dans son roman « Mont-Oriol ». C’est un événement imprévu qui détermina le Docteur Edouard Vidart à se lancer dans la construction de nouveaux thermes : le 15 août 1879, un violent orage provoqua une inondation qui causa des dégâts aux bâtiments.
Les héritiers du docteur Paul Vidart (son épouse, ses fils Louis-Edouard le médecin et Charles-Alfred qui était alors maire de Divonne) créèrent une Société Anonyme avec plusieurs associés. La Société Anonyme des Bains de Divonne vit le jour le 5 octobre 1884. Elle avait pour objet « l’exploitation des sources et de l’établissement hydrothérapique, la vente des eaux ainsi que la gestion de tous les hôtels, restaurants, cafés, existants ou à créer… » Un nouvel établissement fut construit en 1885 et l’ancien établissement devint hôtel et restaurant.

2ème Etablissement des BainsFaçade du 2ème établissement, malheureusement détruit dans les années 1960.
Il était à l’endroit où se trouve maintenant le parking du Domaine de Divonne, entre la route de Gex et le Théâtre André Dussollier. Dans le massif de fleurs à droite se trouve la source Vidart. L’architecte adopta le style mauresque pour l’extérieur et l’intérieur. Les ouvertures étaient surmontées d’arcs outrepassés. Le style mauresque était en vogue à cette époque d’expansion du colonialisme français en Afrique du Nord.

Place de l'hôtelSur cette carte postale colorisée, on voit à droite la « cage à mouche », le petit bâtiment où les baigneurs pratiquaient « la réaction » après les soins hydrothérapiques. Car, selon les médecins thermaux, après la douche, le bain et le massage, il fallait rester un certain laps de temps à se reposer, en restant immobile, pour que les soins fassent effet. Dans la cage à mouche, les baigneurs se détendaient, lisaient le journal, attendaient leur rendez-vous. On reconnait la grande maison qui fut le premier établissement de bains, avec ses hautes cheminées (on faisait le feu de cheminée dans les chambres!) et au fond le nouvel établissement thermal, construit en 1885 sur un seul niveau et dominé par une tour qui n’est autre que le château d’eau. Les énormes châtaigniers donnaient un charme romantique à cet espace et apportaient une fraîcheur bien agréable en été.
Etablissement côtéVoici le deuxième établissement vu de côté – L’aile gauche, l’aile des Dames qui faisait face au théâtre. On note à côté du château d’eau une cheminée : tandis qu’ à l’époque de la création de la station, le docteur Paul Vidart soignait ses patients à l’eau froide, à l’époque du deuxième établissement de bains, au contraire, peu de patients ayant le courage d’affronter l’eau froide, on chauffait l’eau pour les bains et les douches… On remarque des sapins immédiatement derrière le bâtiment. Les baigneurs étaient entourés par la nature. L’environnement était calme et reposant.
Etablissement arrièreVoici l’arrière de l’établissement. On reconnait à droite le théâtre. La photo date donc d’après 1904. Le bâtiment en longueur entre le théâtre et le pont était la salle d’armes.
Etablissement - l'entréeVoici le hall d’entrée. On retrouve les arcs outrepassés et le style mauresque.
Et ci-dessous le plan de l’établissement de bains dessiné par le docteur Edouard Vidart dans sa brochure « Divonne-les-Bains – Hydrothérapie – Renseignements généraux sur l’établissement et sur les procédés thérapeutiques employés à Divonne par le Dr E. Vidart, médecin en chef de l’établissement, Ancien externe des Hôpitaux de Paris, Membre correspondant de la Société de Médecine Pratique de Paris – Genève – Imprimerie Haussmann et Zoellner – Rue du Mont-Blanc 1897 ».
Plan de l'établissement par le dr  E. VidartOn remarque que la zone des messieurs et soigneusement séparée de la zone des dames. Les équipements sont donc en double. Laissons la parole au docteur Edouard Vidart :
Dr Louis-Edouard Vidart« L’établissement est situé au centre d’un très beau parc de cinq à six hectares, où jaillissent quatre sources abondantes, dont les eaux se jettent dans la Divonne ou Versoix. Les bains sont depuis le mois de novembre 1884 la propriété d’une société anonyme. La nouvelle administration y a apporté de grands changements et en a fait un établissement modèle, qui dépasse tout ce qu’il y a de plus complet en ce genre.
« Le Pavillon des Bains, construit entièrement à nouveau, offre aux baigneurs tout le confort désirable, et possède les appareils hydrothérapiques les plus modernes et les plus perfectionnés. (…) Les salles de douches sont bien éclairées par le haut et contiennent toutes les douches le plus généralement employées : douches mobiles horizontales, en jet et en pluie, verticales se tempérant à volonté; douches en cercles, latérales; douches à colonne verticale; douche Priessnitz. (…) Les bains de siège de tous genres, les douches rectale, vaginale, les bains partiels alternatifs se trouvent dans des cabinets spéciaux. A côté des salles de douches sont situées les étuves pour bains de vapeur, généraux ou partiels, simples ou médicamenteux : à la térébenthine, au goudron, etc.
 » Les douches sont alimentées par deux réservoirs, l’un d’eau froide sans cesse renouvelée, contenant 12.000 litres. L’autre, d’eau chaude, contenant 6.000 litres. Ces réservoirs sont placés au sommet d’une tour de 15 mètres de hauteur.
« Les piscines (20 mètres carrés) sont alimentées directement par l’une des sources, et leur eau se renouvelle constamment à raison d’environ 1,200 litres par minute. A côté de la grande piscine froide se trouve une petite piscine dont l’eau peut être tempérée à volonté. »
On trouve aussi des cabines réservées aux bains chauds, simples ou médicamenteux et des piscines pour les sudations à l’alcool. Plus loin le docteur Vidart cite les 4 sources : Vidart, Emma, Ausone et Barbilaine.
La source Barbilaine qui alimentait la piscine thermaleLa source Barbilaine qui, selon le docteur Fernand Bottey, « alimentait les deux grandes piscines à eau courante ».

L’établissement hydrothérapique de Divonne était,  quand le docteur Edouard Vidart publie son fascicule en 1897, considéré comme moderne et confortable, un établissement « modèle », à la pointe du progrès. En douterait-on? Voici un argument irréfutable : à peine construit, il fut électrifié, en même temps d’ailleurs que la Villa Vidart et la Grande Maison. Si l’on remonte à la photographie du hall, on remarque une  ampoule électrique au dessus d’une porte et une autre au-dessus du bureau.
Moulin DavidA son ouverture, en 1885, l’établissement était éclairé au gaz, grâce à une usine à gaz. A partir de 1887, il a été éclairé à l’électricité, dix ans avant que la ville ne fut électrifiée. L’électricité était fournie par la centrale du moulin David, au carrefour des Quatre Vents.
Tableau de marbre
Cette usine a été restaurée par l’association Divonnelectro et constitue la plus ancienne usine électrique de France en état de fonctionnement.
Le moulin David, connecté à une autre centrale place du Bief, éclairait les 250 lampes de l’établissement de Bains et de ses deux hôtels.
Ci-contre le tableau de marbre avec les manettes.
Divonnelectro

Un article spécial sera bientôt consacré à cette usine électrique. Pour l’instant, nous quittons le pavillon de bains dirigé par le docteur Louis-Edouard Vidart.
Mademoiselle! N’oubliez pas votre ombrelle! Monsieur! Votre canotier!
Etablissement hydrothérapique et le théâtre coloriséCinquante ans plus tard… Nous reconnaissons le 2ème établissement thermal sur une photo parue dans « L’opinion économique et financière – Le thermalisme français et les sources minérales » en 1955. Le casino avait un an. La place venait d’être créée. La végétation n’avait pas encore eu le temps de pousser…
La place thermale

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