Marcel Anthonioz / Nécrologie / Septembre 1976

Marcel AnthoniozMarcel Anthonioz est né le 26 avril 1911 à Divonne-les-Bains.
Il est décédé le 31 août 1976 à Divonne-les-Bains.
Voici l’article nécrologique paru dans le Dauphiné Libéré
dans les premiers jours de septembre 1976.

M. Marcel Anthonioz
Ancien ministre – Député de l’Ain
Vice-Président du Conseil Général – Maire de Divonne

La nouvelle redoutée nous est parvenue, inexorable et sans le moindre espoir, nous laissant avec notre seul chagrin. Notre cher et sincère ami Marcel Anthonioz venait de mourir, à l’âge de 65 ans, après une cruelle épreuve supportée avec vaillance et courage, plongeant dans la peine et la consternation toute une région et une foule d’amis qui, depuis des mois s’inquiétaient de son état de santé. Bien qu’attendue, la disparition de Marcel Anthonioz a frappé un coup direct au coeur de tous les Gessiens qui ne veulent pas encore croire qu’un destin aussi cruel qu’injuste ait pu abattre, en pleine force de l’âge un homme qui aura travaillé sans relâche toute sa vie pour les uns et les autres et lutté, jusqu’à son dernier souffle, pour ne pas mourir et encore servir.
Doué d’une belle vitalité et d’un grand dynamisme, Marcel Anthonioz aura manifesté dès sa jeunesse son esprit d’entreprise et son goût du travail bien fait. Ses qualités jointes à son intégrité devaient le porter immanquablement d’abord, à la tête de sa commune, ensuite de son canton, puis à la députation et au Secrétariat au Tourisme.
A chaque étape de sa carrière féconde, le Maire, le Vice-Président du Conseil Général, le Président national de l’Hôtellerie saisonnière, le Ministre du Tourisme aura marqué son passage par des efforts acharnés à bien remplir sa tâche à laquelle il s’est tué.
Sur le plan affectif, Marcel Anthonioz avait très bon coeur ; il aimait ses prochains et respectait ses adversaires. Sa gentillesse, sa facilité d’élocution, sa galanterie naturelle lui permettaient d’être à l’aise partout et dans tous les domaines.
Son érudition, sa vivacité d’esprit, son enthousiasme à entreprendre et à soutenir tout ce qui pouvait améliorer la qualité de la vie de ses concitoyens, en allégeant leurs souffrances, étaient consacrés à cette noble cause.
Avec Marcel Anthonioz disparait un bienfaiteur de Divonne et du Pays de Gex, un ambassadeur des Pays de l’Ain, un partenaire apprécié et respecté, un Gessien qui aimait bien les responsabilités pour mieux remplir la mission qu’il s’était tracée en souvenir de sa mère bien aimée.
A celui que nous pouvons considérer comme son frère aîné, M. Louis Geindre, qui fut son ami et conseiller, à la famille, au Conseil municipal, à la population divonnaise et gessienne, nous exprimons nos bien sincères condoléances et vifs regrets.
L’amour de sa ville, de son pays, de la France, auront été les sentiments dominants de cet homme de bien que fut Marcel Anthonioz, un bon Gessien et un grand Français, un ami de toujours et de notre journal, que nous pleurons aujourd’hui.

La carrière de Marcel Anthonioz
Marcel Anthonioz a déployé dans tous les domaines et sur tous les plans de la vie publique, qu’elle soit politique, communale, départementale, régionale, nationale ou professionnelle, une telle activité, un tel rayonnement, une telle efficacité, que l’on est confondu par ce que cela suppose d’intelligence, de qualités d’organisation, de caractère et de puissance de travail. Cette activité qui absorbait la plus grande part de son temps et qui donnait un plein sens à sa vie, ne l’empêchait pas de demeurer en toutes circonstances, un homme affable, souriant, un ami sûr et fidèle, un conseiller avisé, un intercesseur diligent, et de consacrer de nombreux instants d’une existence bien remplie à des cérémonies, inaugurations, manifestations diverses où il avait le plaisir de renouer contact avec ses compatriotes.
Marcel Anthonioz est entré dans sa carrière d’homme public en 1945 quand il se présenta aux premières élections municipales de l’après-guerre. Une carrière qui fut constamment couronnée de succès.
Le 10 mai 1945, il était élu maire de Divonne-les-Bains.
Le 23 septembre 1945, il devenait conseiller général du canton de Gex.
Le 17 juin 1951, il était élu député de l’Ain, sous l’étiquette des Républicains Indépendants.
Ces trois mandats électifs Marcel Anthonioz les détenait encore à l’heure de sa mort. Chaque fois qu’il a été confronté avec le suffrage universel, il a donc, au cours de ces trente-et-une dernières années obtenu un très large accord de ses concitoyens, puisque presque toujours il enlevait la décision dès le premier tour avec de confortables majorités. C’est dire l’estime et la confiance que les Divonnais, les Gessiens, la population de la 2ème circonscription de l’Ain, lui ont fidèlement témoignées et qu’il a largement mérité de son côté.
Dans les assemblées dont il était membre, il s’était fait aussitôt apprécier par ses qualités humaines, sa courtoisie et sa forte personnalité. Il y exerçait une influence politique importante. Vice-président du Conseil général de l’Ain depuis octobre 1951, Vice-président de l’Assemblée Nationale d’avril 1967 à juin 1969, puis de nouveau à partir d’avril 1973, il avait ainsi gagné la considération de ses collègues. Au sein du Conseil régional de la Région Rhône-Alpes, il jouait également un rôle de premier plan.
Enfin du 22 juin 1969 au 5 juillet 1972, il fut Secrétaire d’Etat au Tourisme dans le gouvernement Chaban-Delmas, ce qui interrompit quelque peu sa carrière de parlementaire mais ce qui lui permit aussi de gérer avec bonheur un département ministériel et des affaires qu’il connaissait bien, puisqu’il en était un spécialiste averti de par sa profession.Tant d’éminents services auraient du être officiellement reconnus et distingués. Marcel Anthonioz aurait pu, comme beaucoup d’autres, rechercher les honneurs et accumuler les distinctions. En janvier 1973, il recevait la Croix de Chevalier de la Légion d’Honneur des mains de son ami Valéry Giscard d’Estaing, alors ministre des Finances et de l’Economie. En mars 1974, le ministre de l’Education Nationale, le faisait Chevalier des Palmes Académiques. Toujours très heureux d’apporter à ses amis les récompenses honorifiques dont il jugeait dignes et très ardent à plaider leur dossier, il était par contre, pour lui-même d’une extrême modestie et d’une grande discrétion.

L’oeuvre de Marcel Anthonioz perpétuera son souvenir
Dans toutes les fonctions qu’il a remplies, dans toutes les charges qu’il a assumées, Marcel Anthonioz aura laissé derrière lui les oeuvres multiples de son travail fécond et de son dévouement au bien public.
Sentimentalement très attaché à son pays natal dont il a constamment voulu préserver l’intégrité, assurer la prospérité, c’est à lui sans soute qu’il a consacré le plus de soins.
Divonne-les-Bains lui doit sa résurrection, sa transformation en une station accueillante et réputée. C’est en effet sous son impulsion dynamique et entreprenante que les municipalités qui ses sont succédé depuis 1945, ont réussi de nombreuses réalisations dont nous ne citerons que les principales et les plus fructueuses : rachat des biens de la Société des Bains de Divonne, ouverture d’un casino qui s’affirma bientôt le premier de France et contribua considérablement à la modernisation de la ville, construction d’un nouvel établissement thermal, d’un centre nautique, d’un plan d’eau de 45 hectares avec son port, d’un hippodrome, d’un terrain de camping et de caravaning, aménagements qui font de Divonne une station parfaitement équipée. A ces travaux particuliers à l’agrément et au confort des curistes et touristes, le maire de Divonne a ajouté d’autres réalisations plus traditionnellement urbaines, comme l’extension des réseaux d’adduction d’eau, d’égout, d’électrification, groupes scolaires et tout récemment en C.E.S., bureau de poste, amélioration de la voirie, H.L.M., fleurissement, etc…
Le Pays de Gex fut l’objet de sa vigilante attention. On lui doit entre autres la création du Syndicat Intercommunal du Mont-Rond, puis du Syndicat mixte du Jura gessien qui ont permis l’adaptation de la région à la pratique du ski et au développement du tourisme hivernal. Il a facilité l’implantation et l’extension du C.E.R.N. sur la frontière franco-suisse, un organisme qui eut et garde une influence certaine sur la vie économique de la région. Sur un plan plis général, il convient de rappeler les efforts renouvelés de Marcel Anthonioz pour défendre la zone franche et les intérêts des agriculteurs gessiens, pour faire reconnaître les droits des frontaliers, pour maintenir en activité la ligne Bellegarde-Divonne.
Dans le cadre de la circonscription et du département, il s’est trouvé associé et souvent de façon déterminante à la réalisation de projets qu’il est impossible de dénombrer et de mentionner. Qu’il nous suffise de dire que le Conseil général et pratiquement toutes les communes de la circonscription ont, un jour ou l’autre, confié leurs dossiers à Marcel Anthonioz en lui demandant de les soutenir auprès du gouvernement et dans les ministères. Une mission qu’il accomplissait toujours avec vigueur et persévérance, et souvent avec succès.
A l’Assemblée Nationale dont il a présidé de nombreuses séances avec une autorité et un calme appréciés, il s’était spécialisé dans les questions de tourisme et de transports. De tourisme comme le prédisposaient sa formation et sa profession. Hôtelier de métier,  propriétaire du Château de Divonne et de la Résidence, Marcel Anthonioz était très averti de ces problèmes. Il a d’ailleurs, à côté de son activité d’élu, accordé un intérêt constant à la vie et à l’animation des associations professionnelles régionales et nationales. Il était président du Syndicat départemental de l’Hôtellerie de l’Ain depuis 1948 et président du Syndicat national de l’Hôtellerie saisonnière française de 1960 à 1969. Il a présidé depuis 1957 l’Office départemental du Tourisme de l’Ain et fut vice-président du Conseil supérieur du Tourisme.
A l’Assemblée Nationale, il fut membre de la commission des finances durant de nombreuses années et rapporteur spécial du budget de l’Aviation civile. De par ces activités, il a écrit beaucoup d’études sur l’organisation de l’économie touristique française sur la gastronomie, les transports et les problèmes aéronautiques, ainsi que sur les équipements collectifs communaux, régionaux et nationaux, et l’aménagement du territoire.
Il nous faut aussi parler de l’homme politique que fut Marcel Anthonioz, dont les convictions demeurèrent fidèlement attachées à la préservation d’une société libérale. Des convictions qu’il affirmait sans agressivité, ni sectarisme, avec une largeur d’esprit qui lui a valu l’estime de tous et de nombreuses amitiés, même parmi les parlementaires, élus et hommes politiques de l’opposition auxquels il apportait volontiers son appui pour faire aboutir des projets d’intérêt communal ou régional. Chez les Républicains Indépendants parmi lesquels il fit toute sa carrière, il a occupé une grande place, aux côtés des grands leaders que furent Antoine Pinay et Valéry Giscard d’Estaing. Dernièrement encore il avait été élu président du Comité départemental des Républicains Indépendants, un honneur et un poste qui lui revenaient tout naturellement.
Il est difficile en quelques paragraphes de résumer l’activité et l’oeuvre de Marcel Anthonioz, d’en mesurer l’importance, comme de dégager les traits dominants de sa forte personnalité. Une certitude : il aura pendant trente ans fortement marqué la vie publique et politique de sa commune de Divonne, du Pays de Gex, de la circonscription, du département, de la région, et accédé à des responsabilités nationales. Son existence a été bien remplie.

M. Roland Ruet, président du Conseil général : « Une grande voix s’est tue ».
« Apprendre la mort de Marcel Anthonioz, c’est recevoir de plein fouet une nouvelle profondément attristante. Si je ne pensais qu’au collègue si attachant du Parlement et du Conseil général, cette mort prématurée m’affligerait. Elle me bouleverse car je viens de perdre un ami aussi fidèle que sincère.
« Pendant un quart de siècle, Marcel Anthonioz s’est associé avec une efficacité exceptionnelle aux travaux du Conseil général.
« Donnant toujours l’exemple de l’assiduité même lorsqu’il était ministre, il n’a jamais négligé un seul aspect de la vie économique, sociale, administrative du département. Avec l’autorité et la compétence que chacun lui reconnaissait, il a multiplié les initiatives fécondes et les interventions décisives pour que les équipements scolaires, touristiques, sportifs, culturels de l’Ain soient complétés et sans cesse améliorés.
« Durant les débats du Conseil général, il savait séduire par son aisance oratoire et convaincre par la pertinence de ses arguments.
« Une grande voix s’est tue. Une grande oeuvre s’est achevée.
« Nous garderons le souvenir de l’une, cependant que nous continuerons longtemps à profiter de l’autre. »

Les obsèques de Marcel Anthonioz auront lieu à Divonne, samedi 4 septembre à 15 heures
Les obsèques de Marcel Anthonioz ont été fixées au samedi 4 septembre à 15 heures, afin de permettre à toute la population de la région d’y prendre part.
Ce dernier hommage rendu à un homme de valeur et qui a beaucoup travaillé pour son pays et sa patrie gessienne, réunira sans doute une foule énorme, ainsi qu’un grand nombre de personnalité politiques, départementales et régionales.
Dès vendredi matin, le corps sera exposé à l’hôtel de ville de Divonne, où une chapelle ardente a été aménagée. Durant près de deux jours, une longue procession d’amis viendra s’y recueillir tandis qu’autour du catafalque s’amoncelleront les gerbes de fleurs, dédicaces émues à la mémoire du défunt. Samedi à 15 heures, la dépouille de Marcel Anthonioz quittera la maison commune pour se rendre à l’église, portée par un détachement des sapeurs-pompiers de l’Ain et de Divonne. La messe sera dite par l’abbé Longchamp, curé de Divonne, et sera retransmise par hauts-parleurs. Les discours seront prononcés place de la Mairie et diffusés. Le cortège pour se rendre au cimetière, empruntera les avenues de France et du Mont-Blanc, la Grande Rue, la rue du Temple, puis la route de Plan. La municipalité de Divonne a pris toutes les dispositions pour que les obsèques se déroulent avec l’ampleur et la solennité que requiert l’ensevelissement de Marcel Anthonioz. Un adieu empreint de grandeur, de sincérité, d’émotion et de simplicité.

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