Le prince Youssoupoff a aimé Divonne

Le prince Félix Youssoupoff a aimé Divonne quand il y est venu en 1907 avec son frère. Il avait 20 ans. Mais quand il y est revenu, 13 ans plus tard, il a moins aimé… C’est ce qu’il raconte dans ses Mémoires. La raison de sa déception étonne les Divonnais du 21ème siècle!
« Je ne reconnus pas Divonne. Un immense palace, l’Hôtel Chicago, écrasant de sa masse les hôtels qui l’entouraient, avaient fâcheusement transformé le caractère de l’endroit qui avait perdu son charme et sa simplicité. »
L'Hôtel Chicago écrase...Ainsi, l’hôtel Chicago, aujourd’hui restauré à l’identique et transformé en résidence de luxe, ce bâtiment que nous admirons tant parce qu’il a conservé son cachet « art nouveau », ce témoin de l’élégance passée qui nous fait rêver… le prince Youssoupoff, lui, ne l’appréciait pas.
Hôtel Chicago avec le ciel bleuOr cet aristocrate connaisseurs des arts avait du goût, c’est certain. Mais… Il avait vécu dans des palais somptueux aux décorations d’un raffinement inouï (il était immensément riche), il avait passé ses vacances de jeune homme en Crimée, dans les stations de villégiature de l’aristocratie russe ; étudiant, il avait fréquenté en Angleterre les manoirs des aristocrates anglais, alors, l’hôtel Chicago, semblable aux sanatoriums suisses ou aux pensions de montagne en Autriche… trop voyant, rustique… finalement l’hôtel Chicago, paraissait ordinaire au grand prince russe…
En 1920, le prince Youssoupoff est venu à Divonne pour une cure thermale. Il était accompagné de son épouse, Irina Alexandrovna, nièce de Nicolas II.

Le prince YoussoupovLe prince Félix Youssoupov et son épouse Irina en 1914.

Cher prince, quand vous êtes venu pour la deuxième fois à Divonne, ce n’était pas en villégiature. La gaieté de votre jeunesse insouciante vous avait abandonné. Vous étiez en exil, secoué par la perte d’êtres chers et par les horreurs de la guerre et de la révolution. Vous étiez fatigué. Les voyages, les déménagements, l’inquiétude, l’angoisse…  Un médecin vous avait prescrit une cure à Divonne. Votre regard sur la station thermale était sombre. La haute verrière de l’hôtel Chicago aux fleurs multicolores contournées devant laquelle les Divonnais s’extasiaient,  vous en aviez vu des centaines de semblables, et bien plus belles ; le fameux cygne de marbre dans le hall de l’hôtel qui éblouissait les Divonnais vous paraissait médiocre ; les ferronneries d’art des balcons vous semblaient pauvrettes à côté des grilles dorées à l’or fin de la Moïka, votre palais de Saint-Pétersbourg…

Le cygne qui ornait l'escalier de l'hôtel ChicagoLe cygne qui ornait l’escalier du Chicago.

Vous avez suivi le traitement. Douches écossaises, massages, longues heures de repos étendu sur la terrasse (les médecins divonnais préconisaient la « cure d’air »), promenades… La cure vous a remis en état. Vous dressez un portrait pittoresque mais noir des curistes, « névrosés, obsédés, maniaques divers ». Il est vrai que Divonne était spécialisée dans le traitement des maladies dites nerveuses ; les anxiolytiques et les neuroleptiques étaient inconnus à l’époque.

Mémoires du prince YoussoupoffToujours dans ses Mémoires, le prince Youssoupoff dit quelques mots de son troisième séjour à Divonne en 1928. Il raconte comment une dame « très collet monté » refusa de le saluer en s’exclamant d’un ton courroucé : « Je refuse de serrer la main d’un assassin ».

Le prince Youssoupoff a dû affronter ce genre de réflexions jusqu’à la fin de sa vie. On lui reprochait d’avoir organisé en 1916, l’assassinat de Raspoutine, un moujik hypnotiseur et soi-disant guérisseur qui, devenu le confident de la tsarine, avait acquis une influence démesurée sur la famille impériale. Le prince Youssoupoff s’était fait un devoir de le supprimer. L’événement s’est déroulé de manière incroyable. Il a donné lieu à de nombreux récits et a été porté plusieurs fois à l’écran.

Pour en savoir plus, le mieux est de lire les Mémoires du prince Félix Youssoupoff (éditions du Rocher 2005)!

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