Hôtel Paris-Rome (1924-1990)

Hôtel Paris-RomeLe bâtiment est toujours là, presque inchangé, mais son enseigne a disparu, et pour cause : l’hôtel a fermé en 1990. On devine encore (il faut être attentif) les mots « Villa Paris-Rome » gravés dans la pierre du portail.
Gravé sur le pilierPourquoi « Paris-Rome »?
Cette belle demeure avec son toit mansardé à la française et ses chaînes d’angle en pierre de taille a appartenu à la famille Vidart qui a voulu laisser une trace dans la pierre de l’exploit réalisé par René Vidart, le petit-fils du fondateur de la station en 1911. L’aviateur René Vidart a participé au raid Paris-Rome, une des premières grandes courses d’aviation. Il est arrivé 4ème derrière les grands héros de l’époque Beaumont, Garros et Frey. Ils étaient 11 aviateurs à s’envoler de Buc près de Paris le 28 mai et 4 seulement à parvenir jusqu’à Rome. René Vidart était le 4ème. Il a atterri à Rome le 5 juin. Un exploit sensationnel relayé avec enthousiasme par la presse internationale.

Eugène Goudard, propriétaire
La villa a été acquise en 1888 par Eugène Goudard. Divonne doit beaucoup à ce fils de cultivateur né à Divonne en 1820 qui devint un grand industriel. Ecoutons son petit-fils, Maurice Goudard : « Il se lança très jeune dans l’industrie des pierres précieuses, rubis, émeraudes, saphirs, etc. De Divonne, ses affaires l’appelaient souvent à Saint-Claude, dans le Jura où il épousa ma Grand’Mère, issue d’une des premières familles de cette ville. (…) En 1850, il vint s’établir à Paris, où il étendit rapidement ses affaires. (…) En 1870, il introduisit en France la taille du diamant. Il achetait les pierres brutes au Cap et au Brésil et les taillait dans les cinq usines installées à Divonne et à Saint-Claude, où il occupait 400 ouvriers. (…) En 1890, mon Grand-Père se retira des affaires, en laissant ses usines à ses 400 ouvriers, qu’il organisa en Coopératives. » (Maurice Goudard – La Défense du Libéralisme – Paris 1942).
Les conférenciers du Musée de la Pipe et du Diamant à Saint-Claude expliquent que « Monsieur Goudard de Divonne a introduit la taille du diamant à Saint-Claude en installant une diamanterie à Montbrillant », à quelques kilomètres en amont de Saint-Claude quand on vient de Septmoncel. Nous en déduisons que la diamanterie créée par Eugène Goudard est celle-ci : (La grosse roue à aubes est visible depuis la route).
Diamanterie à MontbrillantEugène Goudard a permis les premiers essais de production d’électricité à Divonne en mettant à la disposition de la Société des Bains, dont il était actionnaire, la force hydraulique de sa diamanterie sur la Divonne. C’était en 1887. Les essais étant concluants, la Société des Bains put, grâce à lui, installer une Dynamo et éclairer l’établissement de bains et l’hôtel des bains au moyen de 250 lampes… Divonne était à la pointe du progrès!

La famille Vidart vend la villa à Mlle Bernard
La fille d’Eugène Goudard, Marie-Louise, épousa Charles-Alfred Vidart, le fils du fondateur de la station, qui fut maire de Divonne de 1879 à 1888. La villa passa donc dans les mains de la famille Vidart qui la vendit en 1919 à Mademoiselle Marie Bernard, laquelle y aménagea des chambres qu’elle loua aux curistes.

La villa Paris-Rome devient l’hôtel Paris Rome
Le 28 février 1924, Marie Bernard vendit la villa pour 165.000 francs à Marguerite, Hélène et Charles Paris, frère et soeurs, déjà propriétaires de l’hôtel-restaurant l’Ecu de France situé dans la même rue, de l’autre côté du parc et renommé pour son excellente cuisine. La villa Paris-Rome devint une annexe de l’Ecu de France. Dès lors on put voir des annonces comme celle-ci:

Hôtel de l’Ecu de FranceVilla Paris-Rome
au centre de la ville
Renommé pour sa cuisine et ses vins
Restaurant à toute heure
Service à la carte et à prix fixes
Spécialité de truites et beignets
Maison de famille de premier ordre
Magnifique parc ombragé au bord de la Divonne
Paris-Baumgartner propriétaires

Marguerite a épousé un Alsacien, Isidore Baumgartner, qui, de simple employé deviendra directeur du Grand Hôtel, grâce à sa connaissance des langues étrangères.
Hôtel de l'Ecu de FranceL’Hôtel de l’Ecu de France vers 1900.
Et, plus tard, avec la pancarte  » Truites, beignets de Divonne » :
Grand' rue - Truites et beignets de DivonneFile0838File0839File0840

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Hôtels Paris-Rome et l'Ecu de FranceOn allait de l’Ecu de France à Paris-Rome en traversant le parc, toujours parfaitement entretenu et fleuri. On s’installait dans une chaise longue à l’ombre des grands arbres, on regardait les écureuils, on bavardait, on respirait le parfum des massifs, on prenait le thé, on écoutait la Divonne…
L’intérieur de l’hôtel avait le charme des maisons bourgeoises : tapis épais, tableaux au mur, meubles reluisants, napperons de dentelle… Le corridor et les paliers étaient ornés de grandes glaces. Elles n’étaient pas là seulement pour la décoration. Elles servaient aussi à donner de la lumière, à agrandir l’espace et à signaler au personnel les déplacements des clients. Le petit déjeuner était servi dans les chambres, mais on pouvait aussi le prendre dans le grand salon du rez-de-chaussée, qui servait aussi de salle de réunion, avec sa bibliothèque bien garnie et ses jeux de sociétés.
Un standard téléphonique permettait au personnel de passer les communications extérieures dans les chambres, en commutant les fiches. « Ne quittez pas! Je vous passe une communication! » Ce système a fonctionné jusqu’à la fermeture de l’hôtel.

Juliette, la fille de Marguerite et Isidore Baumgartner, évoquait avec fierté les clients de Paris-Rome : « Saint-Exupéry a dîné souvent le soir à l’Ecu de France… Bernanos a logé 3 semaines en 1928 dans la chambre 11, il était très dépressif, il n’avait pas de quoi payer la note… Léon Blum a dîné une fois dans le petit jardin… Le Duc de Talleyrand et Vallencay venait souvent, en ami… »

Le parc de l'hôtel Paris-Rome à Divonne

Simone de Beauvoir raconte au début de ses « Mémoires d’une jeune fille rangée », qu’enfant, à Paris-Rome elle a fait son premier caprice!
Spectacle déambulatoire devant la villa Paris-Rome

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