Le Divonnais Eugène Goudard a aimé Divonne

Eugène Goudard (1820-1895) est une personnalité marquante de Divonne. Fils de cultivateurs d’Arbère, il eut une belle carrière en tant que négociant lapidaire et fonda plusieurs diamanteries à Paris, dans le Jura, à Saint-Genis-Pouilly et à Divonne où il accéléra la modernisation des thermes et des hôtels thermaux en poussant la Société Anonyme des Bains, dont il était administrateur, à créer une usine électrique pour passer de l’éclairage au gaz à l’éclairage électrique. Nous racontons dans notre article Histoire du Moulin David cette innovation qui fit de Divonne une station thermale à la pointe de la technologie.

Son petit-fils, Maurice Goudard – l’inventeur du carburateur Solex avec Marcel Menesson – est lui aussi devenu un grand industriel. Dans son livre La Défense du Libéralisme (Paris 1942), il présente ainsi son grand-père Eugène : « Fils de cultivateurs, il se lança très jeune dans l’industrie des pierres précieuses, rubis, émeraudes, saphirs, etc. De Divonne, ses affaires l’appelaient souvent à Saint-Claude, dans le Jura où il épousa ma Grand’Mère, issue d’une des premières familles de cette ville. Soutenu par l’amour, il franchissait très souvent à pied les 50 kilomètres qui séparent Divonne de Saint-Claude, au travers de deux chaînes de montagnes. (…) En 1850, il vint s’établir à Paris, où il étendit rapidement ses affaires. (…) C’était un homme d’un bon sens prodigieux, d’une grande puissance de travail, et d’une remarquable fertilité d’esprit. En 1870, il introduisit en France la taille du diamant. Il achetait les pierres brutes au Cap et au Brésil et les taillait dans les cinq usines installées à Divonne et à Saint-Claude, où il occupait 400 ouvriers. (…) En 1890, mon Grand-Père se retira des affaires, en laissant ses usines à ses 400 ouvriers, qu’il organisa en Coopératives. »

1872 – Eugène Goudard crée une entreprise de diamantaire à Paris. La même année, il fait construire à Avignon-les-Saint-Claude une villa sur la propriété de La Goutte que son épouse Rosalie lui a apportée en dot.
1874 – Avec un associé, M. Grosfilley de Lélex, il crée une diamanterie à Saint-Genis-Pouilly (Ain).
1878 – Il s’associe avec Sylvain Dalloz qui construit une usine de taille de diamant au hameau de Saint-Claude la Patinerie, qui deviendra Montbrillant en 1885, à l’emplacement d’un ancien moulin qui fut une papeterie fermée en 1873. Cette taillerie de pierres précieuses est restée en activité jusqu’en 1934. On voit depuis la route un vestige de cet établissement, une superbe roue à augets de 8 m de diamètre. « Tout en récupérant les techniques de travail des lapidaires, il s’entoure de quelques anversois et apporte les additions techniques nécessaires permettant de tailler cette pierre jusqu’à 140 fois plus dure qu’un rubis. En 1878, il installe sa taillerie aux portes de Saint-Claude dans un village qui porte aujourd’hui le nom de Montbrillant. » (Cité sur http://culturedwg.blogspot.fr)

La diamanterie de Montbrillant
à quelques kilomètres en amont
de Saint-Claude.

 

 

 

La diamanterie de Saint-Genis-Pouilly

 

 

 

1883 – Eugène Goudard achète le Moulin David au centre de Divonne, sur un canal de la Divonne.
1884 – Il crée une diamanterie à Avignon-les-Saint-Claude (Jura). Gérée en coopérative puis par un atelier privé, l’usine d’Avignon-les-Saint-Claude a fonctionné jusqu’à la fin des années 1960.
1884 – Il est l’un des 5 administrateurs de la Société Anonyme de Divonne-les-Bains fondée le 4 octobre 1884 pour gérer les sources, les thermes et les hôtels thermaux.
1885 – Il transforme le Moulin David de Divonne en diamanterie.
1887 – Il prête pour un essai la force motrice du Moulin David à la Société Anonyme des Bains afin qu’elle produise du courant continu pour éclairer les thermes et les hôtels thermaux. Une dynamo est couplée à la roue.
1888 – Il loue l’installation du Moulin David à la Société Anonyme des Bains.
1895 – Décès d’Eugène Goudard.
1896 – Ses héritiers vendent le Moulin David à la Société des Bains qui le transforme en usine électrique. Celle-ci fonctionnera pendant un siècle. Elle est en état de fonctionnement et se visite, grâce aux bons soins des bénévoles de l’association Divonnelectro.

Les vannes installées par Eugène Goudard
sur la Divonne pour réguler le canal d’amenée à sa diamanterie.

 

 

 

A droite, le moulin David acheté par Eugène Goudard en 1883 et transformé en diamanterie avant de devenir usine électrique de la Société des Bains.
A gauche, l’Office de Tourisme de Divonne, qui fut une diamanterie d’Eugène Goudard
avant de devenir une blanchisserie.

 

Eugène Goudard a épousé Rosalie Colomb. Leur fils Fernand ne poursuivit pas l’oeuvre de diamantaire de son père. Il vécut en rentier et se consacra à des travaux d’amateur. Par contre, le fils de Fernand, Maurice, cité plus haut, fonda avec Marcel Menesson la Société Solex qui produisit à partir de 1946 les fameux VéloSolex (marque déposée).
La fille d’Eugène et Rosalie, Marie-Louise, a épousé Charles-Alfred Vidart, fils du docteur Paul Vidart fondateur de la station thermale. Ils eurent deux fils : Edouard, officier, et René un pionnier de l’aviation, qui connut quelques années de gloire grâce à ses exploits aériens, en particulier pour sa participation à la course Paris-Rome en 1911. La belle villa Goudard avec son parc dans la grande rue s’appela dès lors (et s’appelle encore) « villa Paris-Rome« .

Outre le Moulin David, la diamanterie et la villa Goudard-Paris-Rome entourée de son beau parc, Eugène Goudard posséda à Divonne une grande maison au carrefour des Quatre Vents et plusieurs autres bâtiments d’une certaine importance. Il a fortement contribué à l’embellissement de Divonne. Le village agricole et artisanal que les baigneurs fréquentaient peu est devenu une coquette petite ville thermale où d’élégants immeubles en pierre de taille purent accueillir des magasins pour répondre à la demande en nouveautés des baigneurs venus de Paris. Eugène Goudard a été l’un de ceux qui ont fait de Divonne-les-Bains une station thermale Belle Epoque.

Cette maison d’Eugène Goudard existe encore au carrefour des Quatre Vents.

P.S. : La bibliothèque d’Avignon-les-Saint-Claude a mis en ligne un pdf d’Histoire de sa ville qui contient une biographie d’Eugène Goudard écrite en 1930 par l’instituteur L.Mayet, où l’on apprend, entre autres, qu’Eugène Goudard a été maire d’Avignon-les-Saint-Claude de 1871 à sa mort en 1895.

Cet article, publié dans Ils ont aimé Divonne, La Divonne, énergie hydraulique, est tagué , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.